DE L’ISLAM AU SALUT OU COMMENT LE CHRIST EST VENU À MOI. TÉMOIGNAGE SANS FARD. EPISODE 2

Pour ceux qui n’ont pas lu la première partie, elle se trouve ici.

Un prénom

M…tu dors encore avec la lumière allumée ? Mais toi vraiment !

Mon père ne venait pas de dire un gros mot. Il m’avait juste appelée par le prénom que je détestais le plus. Ces cas sont légion en Afrique : vous avez déjà douze prénoms sur votre acte de naissance, des membres de votre famille les ignorent royalement et trouvent le moyen de vous désigner d’un énième. Un oncle maternelle avait à ma naissance proposé un prénom sans logique avec mon contexte familial. Mon père a déclaré officiellement deux prénoms en omettant celui proposé par tonton. Comble du destin, la famille maternelle a réussi à imposer le prénom choisi par leur membre, lequel n’avait plus aucune chance de se retrouver sur mes papiers. Il est devenu celui par lequel toute la famille des deux côtés me désigne. Deux rebelles à cette règle : mon père et ma grand-mère maternelle, qui eux ont choisi un des prénoms de mon acte de naissance. Le premier ? Non, cela aurait été bien trop facile. Un petit saut et hop on harponne le second, celui qui commence par M…et que plus tard je voudrais voir disparaître. Résultat du chaos : mon premier prénom, celui sur les papiers, celui qui aurait dû être le véritable, celui par lequel on m’appelait à l’école, celui par lequel l’administration me désigne, celui par lequel vous me connaissez …eh bien, 99,9 % des membres de ma famille ignorent que je l’ai ! Annoncez-leur la mort d’Ami, ils en trouveront 23 et je n’en ferais pas partie. Ce prénom non officiel par lequel ma famille et mon quartier d’enfance me connaissent, c’est moi tout simplement.

Un prophète

Mon père dans sa grande sensibilité m’a laissée la lumière de ma chambre. Me croyant endormie, ma mère l’a éteinte en passant. J’ai tendu la main pour la rallumer. Je me suis glissée à nouveau sous ma couverture et suis tombée sur une plage bondée. Cet océan Atlantique aux allures de monstre, de nature passablement agitée, était étonnamment paisible. Sans doute à cause de la présence de cet homme qui prêchait sur une barque en pleine mer. La foule conquise l’écoutait avec révérence. On ne voyait pas son visage, mais c’était lui, le prophète de l’islam. “C’est notre prophète Mohammad, notre prophète Mohammad “ entendait-on. Au milieu de cette multitude captivée, j’étais la seule qui n’arrivait pas à boire les paroles prêchées. J’avais beau être attentive, j’avais beau distinguer chacun de ses mots, je ne comprenais rien. Je demandais aux autres : “mais qu’est-ce qu’il dit ? Pourquoi je ne comprends rien? “Je me suis réveillée avec la même question sur les lèvres: “mais qu’est-ce qu’il dit? Pourquoi je ne comprends rien? “.

Un Imam

Ce songe n’avait rien d’anodin, je le savais. Bien que n’ayant aucune complicité avec mon père, c’est à lui que j’ai parlé. Ma mère avait fait une pause avec les potions magiques, il valait mieux éviter de réveiller la bête. Papa ne traitait pas avec les marabouts, il était beaucoup trop sérieux. Le soir même, l’Imam de la mosquée du quartier, assis dans notre canapé, écoutait mon histoire d’un air abasourdi. Il avait accouru à l’appel de papa “Ma fille a rêvé du prophète“. Selon ses dires, ce que j’avais vécu était un phénomène extraordinaire, car très peu d’humains ont le privilège de rêver du prophète de l’islam. J’avais en plus entendu sa voix (les autres détails ne comptaient pas), je faisais donc partie d’un groupe très restreint de choisis de Dieu, de bénis du créateur. Il n’en avait jamais vu des comme moi en vrai. Ce rêve me prédisait un destin hors du commun. “Tu seras grand quelqu’un.” a t-il conclu, pas étonnant que mon père ait encore du mal à avaler mon choix d’être maman au foyer. L’Imam me regardait avec de grands yeux brillant d’admiration, la bouche ouverte, sans doute hésitant à me faire sa demande en mariage.

Le Messie

Deux semaines après, jour pour jour, je me suis glissée à nouveau sous mes draps et j’ai atterri sur la plage du premier rêve. La même foule était présente. Soudain, le chaos : la mer s’est mise à s’agiter, le tonnerre s’est mis à gronder, la terre s’est mise à trembler. Les gens, en proie à la terreur, essayaient de s’échapper. Ils hurlaient : “c’est Dieu qui nous punit, il est en colère, on a trop péché, c’est la fin du monde; on va tous en enfer”. J’ai vu la terre s’ouvrir pour engloutir tout le monde lentement, mais sûrement. Soudain, tout s’est arrêté. Il n’y avait plus personne. Tous engloutis. Je suis restée seule sur place, incrédule, terrifiée, incapable de bouger. “Pourquoi suis-je là ? Que va t-il m’arriver ?” Un être apparut à l’horizon. Je craignais de me retrouver à la merci d’un de mes assaillants nocturnes me réservant un sort pire que celui infligé aux engloutis. Cependant, plus il avançait, plus il m’apaisait. Plus il avançait, plus il me semblait le reconnaître. Il était Impossible de distinguer son visage, mais c’était lui. Je l’avais vu deux fois dans un film, à l’école des soeurs aussi on avait fait allusion à lui, et en Islam on en parlait comme d’Issa, Dieu sauve. Le sang qui coulait sur son visage m’empêchait de distinguer ses traits. Seuls ses yeux était apparents et c’était suffisant. “Mais tu es Jésus, mais tu es Jésus,” murmurai-je. Toute mon angoisse avait disparu. Il s’est approché tout près de moi, il s’est passé les deux mains sur le visage, a recueilli du sang et a tendu vers moi ses mains devenues coupe : “Rita, Rita, Rita, regarde ce qu’ils m’ont fait”. Et j’ai demandé voyant son corps meurtri et ensanglanté de partout : “Mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait? Qu’est-ce qu’il t’ont fait” ? Ce n’était pas un constat, mais une vraie question. Il s’est contenté de me répéter à deux autres reprises : “Regarde ce qu’il m’ont fait, regarde ce qu’ils m’ont fait” . Et je me suis réveillée.

Une quête désespérée

Ce rêve-là, je l’ai gardé pour moi. Il marqua le début de la période la plus difficile de ma jeunesse. Ah moi qui était si bien dans mon Islam ! Jésus avec juste une phrase et du sang m’avait ôté la paix. Ce matin-là, assise sur ma natte de prière, j’ai douté pour la première fois : “D’ailleurs pourquoi je prie en arabe, une langue que je ne parle pas ? J’ai la traduction c’est vrai, mais et si je prononçais mal ? Dieu peut-il me comprendre si je tords les mots ? Peut-il me comprendre si moi-même je ne me comprends pas ? etc.” Une seule certitude m’animait : ce rêve sur Jésus était la réponse au premier. Alors pendant un long moment, après chaque prière, je passais de l’arabe au français, assise sur mon tapis de prière. “Mon Dieu, si c’est toi qui m’a vraiment parlé à travers ses rêves, dis-moi quoi faire”? Je n’ai pas eu l’idée de m’adresser à la branche catholique de ma famille pour trouver une réponse. J’ai acheté un nouveau testament que j’ai commencé à lire. Chaque verset m’était voilé. J’étais perdue, doutant de ma foi, mais ne voyant pas le chemin qui menait à la croix. La lassitude est arrivée : j’ai arrêté de prier, et en arabe, et en français. Pourquoi torturer son âme aussi jeune ? Après tout, mes frères ne priaient pas et le ciel ne leur était pas tombé sur la tête. J ‘allais passer mon bac, les boites de nuit souffraient du mépris de la formidable danseuse que j’étais, et plein de garçons désespéraient de voir la belle leur tendre une joue. Mais rien de tout cela ne m’a comblée. J’avais besoin de spiritualité, j’étais ainsi faite. Quelques temps après, j’essayais encore une fois de donner une chance à ma foi. Je me suis rendue dans un groupe coranique universitaire. Ce jour-là, le jeune prédicateur a comme par hasard parlé de Jésus. “Les gens, même des musulmans, vantent beaucoup les miracles de Jésus et ils disent ‘il a guéri des malades, ressuscité des morts, multiplié du pain, pourquoi Mahomet n’a produit aucun miracle divin ?’ Mais mes frères, vous êtes dans l’ignorance, le prophète a fait des miracles”. Et moi j’ai dressé les oreilles dans l’attente du miracle qui me ramènerait à ma religion. “Le prophète était un jour assis au soleil, il avait très chaud. Il a vu un arbre en face de lui, mais était trop fatigué pour faire un pas de plus. Il a demandé à l’arbre de se déplacer. L’arbre s’est déplacé et est venu couvrir le prophète de ses branches”. Je suis partie et ne suis plus jamais revenue.

Un jour mon prince est venu

Alors pour soigner mon mal, j’ai plongé tout mon être dans la musique. Le plaisir était réel, toutefois éphémère. Mpongo Love, Alpha Blondy, Michael Jackson, pour revivre ma tendre adolescence, Julio Iglesias, pour rêver du prince charmant. Et ce prince charmant un jour est venu. Les auditeurs se sont toujours amusés du début de cette partie de mon témoignage, se demandant où cela pouvait bien mener, jusqu’à ce qu’ils découvrent la finalité et disent “ah ? Ok”. Ma quête de paix intérieure a trouvé son aboutissement à la rencontre de mon prince charmant…Bob Marley. J’ai basculé dans l’idolâtrie en découvrant sa musique près de dix ans après sa mort. Une idolâtrie telle que (et je résume) je me sentais désaltérée à l’écoute de ses textes, sa voix m’apaisait, je dormais avec sa musique et me réveillais avec. J’ai décroché les posters de tous les autres chanteurs et j’ai placardé les siens partout dans ma chambre. Une idolâtrie telle que cela m’expliquait par la destinée, ce prénom incohérent que mon oncle m’avait donné : Rita*. Certains au quartier m’appelaient juste Marley. Comment ai-je fait pour ne pas être tentée par le rastafarisme et la fumette ? Dieu seul le sait. Une idolâtrie telle qu’un jour j’ai dit à mon frère en lui montrant le poster de Bob Marley : “tu ne trouves pas qu’il a quelque chose de Jésus ?” La boucle était bouclée.

Une nouvelle naissance

Un soir, environ un an et demi après mes deux rêves, un ami de mon frère est venu frapper à notre porte. Je ne l’avais pas vu depuis de longs mois.

-Alors Yves, tu as disparu, tu es passé où ?

-Je suis devenu chrétien.

Une telle réponse de la part d’un garçon né dans une famille catholique n’avait pour moi aucun sens. Et là, sur notre terrasse, j’ai écouté émerveillée le récit de sa conversion, de chrétien à chrétien. Je n’avais pas envie qu’il s’arrête. Quand il s’est tu j’ai lancé :

-C’est quoi le sang de Jésus ?

Il m’a regardée surpris, n’ayant pas du tout abordé ce sujet dans son témoignage.

-Dis-moi juste c’est quoi le sang de Jésus. Je t’expliquerai après.

Romains 10 nous dit

13Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. 14Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler? Et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a personne qui prêche? 15Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés? selon qu’il est écrit: Qu’ils sont beaux Les pieds de ceux qui annoncent la paix, De ceux qui annoncent de bonnes nouvelles!…

A l’instant où il a commencé à parler du sang de Jésus, je me suis retrouvée dans une autre dimension. Je ne touchais plus terre, animée à la fois de légèreté et de plénitude. Je n’avais jamais eu une telle sensation. Nous étions encore là, lui et moi, à 4 heures du matin, sur ma terrasse. J’ai découvert les vertus du sang de Christ et la parole n’était plus voilée. Quelle joie de comprendre mes deux rêves ! Quelle joie d’apprendre que Dieu ne pèserait ni mes bonnes actions, ni les mauvaises pour voir si la balance penche du côté de l’enfer ou du paradis. Le sang de Jésus pèse toujours du côté du paradis.

Je pense que Dieu te cherche depuis longtemps, a t-il conclu en écoutant le récit de mes songes.

Depuis plus longtemps que tu ne le crois ai-je silencieusement répondu. Un souvenir de mon enfance venait en effet de remonter à la surface.

Un temps de vacances chez ma grand-mère dans le nord musulman de mon pays, un soir, le son d’une prédication nous parvient d’un micro. La minuscule église baptiste du coin a monté une estrade dans la rue pour une campagne d’évangélisation. J’y suis attirée. Je me faufile et me fraye un passage au milieu de la foule. Le prédicateur tend le micro à une jeune femme . Elle commence à chanter. Les paroles me transpercent et me transportent vers la félicité.

Je sais qu’il a souffert, Jésus pour mon péché,

oui je sais qu’il a souffert, Jésus pour mon péché.

Crucifié, encore pour mon péché

Son sang a coulé, toujours pour mon péché

Oh oui..je sais qu’il a souffert, Jésus pour mon péché.

Je pleure à ne plus pouvoir m’arrêter. J”ai entre 9 et 10 ans…j’ignore ce que signifie le mot péché, mais je sais que je suis concernée. Cette chanson m’accompagne encore pendant toutes ces vacances. Elle va finir par s’évanouir pour refaire surface presque 10 ans après.

Lorsque le dimanche d’après la visite d’Yves je me suis retrouvée dans un genre d’église dont j’ignorais complètement l’existence, une église évangélique, j’étais mûre pour la cueillette.

Je ne comprenais pas grand chose au message du pasteur sur la foi. Les larmes qui n’arrêtaient pas de couler sur mon visage exprimait la seule chose que je savais à ce moment-là, le message que la voix de cette jeune femme de mon village m’avait transmise : “Je sais qu’il a souffert, Jésus pour mon péché …”

Quand le pasteur a fait l’appel au salut…j’étais la première devant…

Ami

Dernière partie lundi soir : délivrance et l’épine Bob Marley

*Rita est le prénom de l’épouse de Bob Marley.